Dans cet article je vais essayer de vous faire comprendre les raisons pour lesquelles mon mari et moi avons décidé de partir vivre au Canada. Je ne vais pas revenir sur la difficultés que ça a été pour moi de quitter ma famille, je vous invite à lire mon premier article si ce n'est pas déjà fait, il illustre parfaitement le désespoir que j'ai ressenti en partant (oui je dramatise encore... décidément c'est plus fort que moi !)
Mais revenons sur le sujet de cet article : il y a plusieurs raisons qui peuvent pousser une personne à tout quitter pour vivre dans un autres pays : le travail, l’amour, le goût de l’aventure et du risque, la passion pour un pays et sa culture, l’envie de quitter son pays d’origine,etc. Mes raisons se situent entre "l'envie de partir et celle de ne pas rester".
Une des choses qui me caractérise le mieux c'est la peur du changement. Je ne suis absolument pas une aventurière. Complètement indécise, je déteste changer mes habitudes et prendre de grandes ou petites décisions (ne m’emmenez pas dans un restaurant que je ne connais pas, ou alors soyez patient pendant que je choisie ce que je vais manger... Ma vie est en jeu, je ne peux pas choisir à la légère !). Je crois qu’avec le Canada, j’ai épuisé mon quota de changement pour les années à venir... Et pourtant c'est loin d'être terminé !
Ironiquement, j'ai toujours dit que je voulais partir vivre dans un autre pays. Petite je voulais aller vivre en Angleterre, adolescente je voulais vivre au Japon. Je rêvais de parcourir le monde comme Sydney Fox l’aventurière ! Mais on s’entend que ce n’était que des paroles en l’air, un rêve d’enfant. Je n’osais déjà pas sortir de chez moi, alors partir pour l’inconnu.... J’ai toujours été d’une timidité maladive. Quant à mon mari, il a l’habitude de voyager. Changer de pays, ça le connaît, alors pour lui ce n’était qu’une question de temps. On attendait la fin de mes études. Je le laissais parler de partir vivre à l'étranger, un jour… Après tout, on a le droit de rêver.
J'ai pourtant fait des études universitaires qui me destinaient à vivre tôt ou tard à l’étranger. Ma voie était toute tracée et j’en avais terriblement peur. Mais je réussissais inconsciemment à chaque fois à retarder l'inévitable : enchaîner les diplôme ou trouver un emploi en France. Mon inconscient me poussait à faire ce que je redoutais le plus : changer ! Mais au fond de moi je me rassurais, je savais que je ne partirais pas, que je pouvais rester dans ma bulle. Je vivais une période dorée : j'étais douée pour les études donc je continuais avec brio et puis la vie étudiante me plaisait bien. Ma famille n'était pas loin, mes amis étaient encore plus proches. Oui vraiment, j'étais bien. Mais la vie est ce qu'elle est, belle, injuste, cruelle. Elle m'a donné des citrons trop acides pour en faire une limonade.
S’en suit donc un gros bouleversement dans ma bulle protectrice : j'ai arrêté mes études et j'ai cherché un emploi. Désillusion totale, trop diplômée ou pas les bons diplômes… La galère commence et n'en finit pas. Le système ne m'aide pas, la pression sociale augmente, je suis au fond du gouffre. La France me déçoit, mon pays m'abandonne et je n'y vois plus que les mauvais côtés. Je me complais dans mon malheur en passant mes journées enfermée à la maison, à me morfondre de ne rien pouvoir faire et ne faisant rien pour autant. Mes tentatives de trouver un emplois décent sont un échec cuisant… Et lorsque je trouve enfin un emploi, il ne correspond pas du tout à ce que je veux faire de ma vie. A ce moment je suis une épave en train de sombrer et j’entraîne mon mari avec moi. Lui travaille depuis plusieurs années dans la même entreprise, on lui promet une évolution de carrière qui n'arrive jamais, l'envie de s'investir disparaît peu à peu. Il faut agir, pour notre bien à tous les deux. Et puis ce vieux rêve qui ressurgit :"Vivre à l'étranger". Mais alors toujours les bonnes vieilles excuses : hors de question de quitter ma famille, oui oui on verra quand on pourra, les démarches sont trop compliquées, c’est trop cher, etc. Il est temps cette fois de réfléchir très sérieusement à la question et finalement toutes ces excuses sont balayées progressivement. On pèse le pour et le contre : pour partir, contre rester en France. La balance n'est pas du tout équilibrée et le choix est finalement fait. A cette période, ma vie était sens dessus dessous, je subissais un changement majeur dans mon existence, j’étais donc déjà obligée de changer. Alors autant le faire jusqu’au bout. Ces citrons m’auront au moins permis de comprendre une chose : “réalise tes rêves pendant qu’il est encore temps, surpasse ta peur et accepte le changement”.
Nous avons donc décidés de quitter notre pays pour réaliser notre rêve : pas forcément vivre au Canada, mais s’offrir une vie meilleure.
Le Canada n'a pas toujours été notre destination de rêve. Nous savions que nous voulions partir mais partir où ? Mon cher et tendre a d'emblée refusé le Japon, en même temps je ne me voyais pas y vivre sur le long terme non plus. Il voulait aller en Nouvelle Zélande, mais le changement de langue était trop pour moi. Un pays francophone alors ? Ça laisse peu de choix. Sur le papier le Canada remplissait tous nos critères : de l’emploi disponible, une meilleure qualité de vie, de grands et beaux espaces, de belles opportunités tant personnelles que professionnelles, francophone, loin,... L’avenir nous dira si on a eu raison.
De toute façon, il fallait qu'on parte. Nous ne supportions plus de rester en France. Aucun avenir radieux ne nous attendait, aucune réelle aide possible, aucun espoir de réussite.
Mais attention, certaine personne s'en sorte très bien en France, je sais que c'est possible. Cependant à ce moment de ma vie et dans ma situation actuelle la France ne me convient pas. J’aime mon pays mais parfois, pour continuer à aimer une chose, il faut s’en éloigner un temps. Je ne dis pas non plus que le Canada est le plus beau pays du monde. Il y a des choses qui ne me plaisent pas, mais c’est le pays dans lequel je me sens bien actuellement. J'ai l'impression que tout est possible si je m'en donne les moyens. Bien évidemment en France aussi, si on veut on peut, mais je n'avais tout simplement plus envie de me saigner dans un pays dans lequel je ne me sentais pas à ma place.
Et puis recommencer ailleurs fait un bien fou ! Mon moral va mieux, ma santé va également mieux ! Les citrons sont toujours acides mais je sens qu'avec un peu de sirop d'érable la limonade sera buvable :)
Nous ne savons pas encore combien de temps nous resterons ni si nous nous installeront définitivement au Canada. Tout ce qui est certain actuellement, c'est que nous sommes heureux et qu'un avenir prometteur nous attend quoi qu'il arrive. Nous aurons toujours la satisfaction d'être allés au bout de notre rêve, même si nous devions rentrer en France ou partir vivre ailleurs.

Crédits pour la photo : Jason. Un ami, un vrai.
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